Bienvenue dans V for Venture : la nouvelle note mensuelle d’Asterion, écrite depuis la zone la plus chaotique, et la plus intéressante, du capital-risque early stage à impact.
Si c’est la première fois que vous nous lisez en anglais, ce n’est pas un hasard. On ne fait que commencer.
Chaque mois, nous partagerons ce que nous apprenons en accompagnant des fondateurs ambitieux qui s’attaquent à des problèmes difficiles. Ce qui fonctionne. Ce qui casse. Et ceux qui continuent quand même à construire.
L’Oiseau de Saqqarah et le paradoxe de l’innovation
Connaissez-vous l’Oiseau de Saqqarah ?
Cet artefact en bois vieux de plus de 2 000 ans, découvert en Égypte, ressemble de manière troublante à un planeur moderne. Certains y voient une preuve de concept d’un vol antique, une intuition en avance sur son temps.
Restons lucides. Il s’agissait très probablement d’un jouet.
Mais l’objet soulève une question plus intéressante que sa fonction réelle :
pourquoi les civilisations antiques, malgré leur maîtrise de l’ingénierie, des mathématiques et de l’artisanat, ont-elles si peu innové pendant des siècles ?
La réponse tient en trois mots : capital, risque, rendement.
Dans des sociétés où le travail était abondant et souvent asservi, il n’existait aucun incitatif à investir dans des technologies améliorant la productivité. Les Grecs, les Romains ou les Égyptiens auraient pu inventer des machines complexes. Personne n’aurait financé leur développement. Le risque n’avait pas de récompense.
Aujourd’hui, le frein à l’innovation n’est plus le manque de connaissances.
C’est l’accès au capital.
Les idées sont partout. Ce qui manque, ce sont des acteurs prêts à financer l’inconnu.
C’est précisément là que le capital-risque intervient.
Et nulle part ce défi n’est plus radical qu’au stade pré-seed et seed.
Le dilemme du pré-seed : investir sans certitudes
Soyons honnêtes. Aucun investisseur n’opère dans un environnement plus incertain qu’en pré-seed ou en seed.
Pas de produit.
Une équipe encore non éprouvée.
Des retours, s’ils arrivent, dans plusieurs années.
« High risk, high return », dit la théorie.
La réalité est différente. Les meilleurs investisseurs early stage ne se contentent pas d’accepter le risque. Ils travaillent à le réduire.
La vraie question est donc la suivante : comment ?
Trois manières classiques de réduire le risque
1️⃣ Suivre le troupeau
La manière la plus sûre de « prendre des risques » consiste souvent à ne pas en prendre réellement.
Beaucoup d’investisseurs courent après les tendances. IA, web3, climate tech. Ils parient sur le fait qu’un acteur émergera parmi des centaines. Ce n’est pas vraiment du capital-risque. C’est de la reconnaissance de motifs avec un filet de sécurité.
Comme le résume Nicholas Chirls (Asylum) :
« Le rôle d’un investisseur seed est d’investir dans des entreprises qui n’intéressent encore personne. »
2️⃣ Viser large et espérer
Une approche purement statistique. Investir dans un maximum de startups en sachant que la majorité échouera. Si une ou deux réussissent, le reste devient secondaire.
C’est rationnel. C’est mathématique. Mais c’est aussi distant. Les fondateurs sont souvent laissés seuls face à l’exécution.
3️⃣ Accélérateurs et playbooks
YC, Techstars ou Antler ont structuré l’early stage autour d’un modèle éprouvé.
Des termes standardisés.
Du mentorat intensif.
Des cohortes pour faire émerger quelques pépites.
Cela fonctionne, surtout pour les startups qui rentrent dans le moule.
Mais ce modèle privilégie l’échelle, pas la nuance.
L’approche Asterion : comment nous dé-risquons l’early stage
Chaque année, nous menons une dizaine d’investissements à forte conviction. Nous soutenons des fondateurs que d’autres choisissent souvent d’ignorer, parce qu’ils sont trop tôt, trop bruts, ou parce qu’ils s’attaquent à des problèmes trop complexes.
Notre modèle repose sur trois principes structurants :
1️⃣ Miser sur des primo-fondateurs réellement engagés
La plupart des fonds privilégient les entrepreneurs qui ont déjà vendu une entreprise. Nous faisons un autre choix. Les primo-fondateurs peuvent être exceptionnels, à condition d’évoluer dans le bon cadre. Plutôt que de parier sur des exits passés, nous identifions très tôt des talents forts et les intégrons à un réseau d’entrepreneurs expérimentés. L’objectif est simple : éviter les erreurs structurelles qui font échouer la majorité des startups dans leurs 18 premiers mois.
2️⃣ Un investissement à forte conviction, porté par une communauté active
En pré-seed, la réussite dépend rarement de l’idée initiale. Elle dépend de la capacité d’une équipe à itérer vite, à pivoter, à exécuter sous contrainte. Notre écosystème permet aux fondateurs de ne pas avancer seuls, avec un accès à des expertises de haut niveau, sans les contraintes ni la dilution des programmes d’accélération classiques. C’est un avantage concret en pré-seed.
3️⃣ Une structuration intelligente de la liquidité
Le principal frein du pré-seed reste l’illiquidité, qui enferme les investisseurs dans des horizons très longs, sans flexibilité. Nous avons conçu des véhicules d’investissement structurés permettant une meilleure circulation du capital et davantage d’options pour les investisseurs early stage. Cela nous permet de rester engagés dans la durée et d’accompagner nos meilleures participations du pré-seed jusqu’à la Series A, et au-delà.
Le seed est devenu à la mode. Le seed bien pensé l’est moins.
Chez Asterion, nous ne cherchons pas à réduire l’incertitude. Nous la considérons comme un espace où créer des opportunités asymétriques.
Avec les bonnes personnes, le bon niveau de soutien et une structure adaptée, le pré-seed n’est pas seulement risqué.
Il devient un terrain de création de valeur.



